Mais à quoi me sert donc tout ce merdier ?

On est nombreux à se comporter comme si l’argent périmait aussi vite que des tranches de jambon. Comme s’il avait une DLC de moins d’un mois et pouvait se transformer en gremlins passé ce cap fatidique.

Donc on le dépense, on achète un nouveau tee-shirt tous les mois, des grôles, des gadgets technologiques inutiles, de nouvelles assiettes.

Chéri, c’est laquelle la marmite à one pot pasta ?

Tafel vol afwas / A pile of washing-up

Et on se retrouve avec des tee-shirts qu’on ne met pas, des chaussures qu’on oublie dans leur boîte, des gadgets qu’on ne charge plus, et suffisamment d’assiettes pour nourrir un régiment alors qu’on a peut-être invité 4 amis d’un coup, une fois, en 2 ans.

Et on trouve ça normal putain. C’est normal quoi, de dépenser ses tunes dans des objets neufs qu’on ne va pas utiliser. L’argent, c’est fait pour être dé-pen-sé. C’est le sens de la vie, c’est fait pour, c’est écrit dans la page 2 du manuel.

Le sens de la vie

Il faut en profiter. Il faut se faire plaisir. Tu verras ça te fera du bien. C’est vraiment trop joli. Il me faut ce bracelet connecté, il est bien mieux que celui que je n’utilise plus. Je craque à chaque fois mais j’adore trop ce motif. Je pense que je vais changer d’appart, je me sens à l’étroit ici, j’ai même plus la place pour mettre une assiette. Ca peut toujours servir.

10 ans après évidemment, non, ça n’a toujours pas servi. Et c’est tout le problème.

Constat d’échec

Pour ma part, début 2015, j’ai acheté des grôles superbes mais trop grandes, qui trônent fièrement dans une boîte toute aussi neuve qu’elles. Elles étaient destinées à remplacer ma paire de sneakers fétiche, celle que je mettais tout le temps depuis 8 ans et qui ont rendu l’âme quelques mois plus tôt.

Parmi les 15 paires de pompes que je possède, j’en ai même pas trouvé une pour faire le boulot. 15 paires de sneakers, la moitié dans un carton, pas une seule qui puisse remplacer mes favorites. A quoi ça sert d’avoir 15 paires de pompes si aucune n’est digne de remplacer celles que je mettais à la moindre occasion ?

28 mois plus tard, j’ai porté ces chaussures-zombies 15 fois : 

Elles ont 4 jours et on dirait déjà des adultes.

Une photo publiée par Maxime Souillat (@beaucouplus) le

 

Ne pas être foutu de remplacer ma paire de sneakers fétiche m’a bien gonflé, mais ça m’a au moins permis de regarder les choses en face : je collectionne, je possède, mais ça ne fait même pas mon bonheur.

Alors j’ai commencé à me dire qu’il fallait que je fasse quelque chose.

Fini les conneries.

Ca commence par un bilan : qu’est-ce que je possède ? Qu’est-ce que je mets ? Qu’est-ce qui me fait plaisir ? Est-ce que ce truc m’a servi cette année ? Quand est-ce que j’ai mis ce truc pour la dernière fois ?

Souvent, la réponse est « Tiens, j’avais oublié ce truc ». Parfois, on prend plaisir à le retrouver, le reste du temps c’est « ha ouais, j’ai ça aussi ». Et c’est tout. Et c’est triste.

Je te confie ce carton de 64 paires de tongs, prends-en grand soin !

U.S. Troops Surrounded by Holiday Mail During WWII

La seconde étape, c’est d’essayer de ne pas reproduire le même schéma. Pourquoi j’achète ces trucs si je ne les mets pas ? Pourquoi je veux toujours de nouveaux trucs ?

Bien aidé d’un budget solide comme le roc, j’ai donc pris les choses en main. Je me suis rendu compte que mon principal problème, c’est que j’avais toujours envie de dépenser l’argent disponible sur mon compte. Après tout, l’argent périme, alors autant le dépenser à la première occase venue…

Alors j’ai cherché, cherché, cherché des solutions, jusqu’à en trouver une incroyable : un concept totalement novateur qui s’appelle l’épargne. C’est un compte en banque situé juste à côté du compte chèque, mais un poil moins accessible. Et justement, je voulais rendre le merdier un poil moins accessible.

Problem solved. La classe. L’intelligence au service du bien.

Quelques dizaines d’euros

J’ai donc mis quelques dizaines d’euros sur mon livret A pour éviter de les dépenser. Et bingo, ce qui devait arriver arriva, j’ai fini le mois tranquille, sans acheter autant de conneries, et sans me priver pour autant.

J’ai donc refait la même chose le mois suivant. Toujours pas de pleurs en vue, toujours pas le sentiment de me priver, on recommence.

Une fois que t’es conscient que la plupart de tes dépenses ont 50% de chance de se retrouver sans emploi rapidement, t’y réfléchis à 2 fois avant d’acheter. T’as une tonne de questions en tête, et souvent la réponse n’est pas « il me faut ça ». Même si c’est trop joli, même s’il faut se faire plaisir.

 

Le deuxième effet kiss-cool

Pendant ce temps là, t’accumules de l’argent sur ton livret A. Ca monte plutôt vite, et cet argent peut servir à mille trucs. Cette année, j’ai mis de côté 2 mois de salaire, histoire de voir venir, prêté de l’argent à un(e) proche, histoire de l’aider à voir venir, acheté quelques fringues de qualité, parce que j’aime toujours les fringues, acheté un nouvel objectif pour mon appareil photo, parce que… parce que j’en avais très envie.

J’ai continué à appliquer la même méthode tout au long de l’année. Chaque mois, je me demande si je peux encore épargner un peu plus. La plupart du temps, c’est oui. Quelques dizaines d’euros à la fois.

Et je me rends compte que je peux encore aller plus loin. C’est ça le pire. Chaque fois, je me dis que je ne peux pas aller plus loin, et chaque fois, je me rends compte que c’est possible. Parce qu’entre temps, j’apprends  (ou plutôt, je réapprends) à vivre avec ce que j’ai.

Est-ce que ça m’a rendu malheureux ? Non. Je vois toujours mes potes, je vais toujours au ciné, je lis toujours des livres, je fréquente toujours des expos, je vais toujours au resto, je voyage toujours et je m’achète toujours ce dont j’ai besoin.

Simplement, je ne m’achète (presque) plus ce dont je n’ai pas vraiment besoin. Et ça change tout putain.

 

Quelques dizaines d’euros ?

Ca peut paraître ridicule de faire un virement de 10€ sur son livret A pour éviter de les dépenser, mais c’est justement parce que c’est ridicule qu’on peut le faire assez facilement quand on gagne sa vie décemment. Et une fois cette barrière franchie, la dizaine d’après semble plus facile à atteindre. Et ainsi de suite. Quand on prend l’habitude de baisser peu à peu la voilure de notre revenu disponible, les économies montent rapidement et en toute discrétion.

10€ par mois, c’est 120€ à la fin de l’année. 20€, c’est 240. Répétez l’opération quelques fois, et vous aurez plusieurs centaines d’euros disponibles pour autre chose que du merdier.