Sur facebook, mes amis imaginaires cherchent à me soudoyer.

C’est une vraie mode au sein des petites structures : créer un profil perso au nom de la boîte et l’utiliser pour faire sa promo sur facebook. C’est sûr, pouvoir sans trop de difficultés réunir quelques milliers de prospects, c’est tentant. Pouvoir leur envoyer une invitation à la prochaine soirée qu’on organise, c’est tout aussi tentant. Mais c’est le genre de tentations qui ont transformé myspace en fantastique machine à spam, et facebook pourrait prendre le même chemin.

Facebook, c'est en train de devenir un beau merdier.

Pour présenter le phénomène, je vous relate ici mon histoire d’amour avec le Bar Ababor, où l’alcool coule à flots. Sans jamais exagérer, c’est pas mon genre* .

Bar Ababor souhaite faire partie de vos amis

T’as pas de prénom ? Alors t’es pas mon ami, si ?

Malgré toute la bonne volonté dont je peux faire preuve, je ne peux pas vraiment devenir ami avec quatre murs, un comptoir et des chiottes. Bon prince, j’accepte tout de même, et ce savoureux message s’affiche alors : vous êtes maintenant ami avec Bar Ababor.

Je peux désormais, dans un accès de sympathie, demander à ce lieu comment vont les affaires. Mais je préférerai demander directement au barman … qui ne m’a pas ajouté parmi ses amis parce qu’en réalité, il ne m’a jamais adressé la parole sauf pour me dire « 6 € ». La vie est mal faite, cet enfoiré de barman veut avant tout que je consomme chez lui, et il me le fait savoir en me proposant d’être ami avec son bar. Bonjour les relations sociales.

Bar Ababor a 2350 amis. Dont moi (sic)

Didier, Le barman du bar Ababor a cherché des amis pour son bar. Il a commencé par ajouter ses vrais amis, puis les amis de ses amis, ceux dont la tête lui dit quelque chose, et puis ceux qui habitent à moins de 500km du bar, on ne sait jamais. Vu qu’une bonne partie des personnes à qui il a fait une déclaration d’amitié ont, dans un sursaut d’ego (chouette, j’ai 200 amis !) , accepté sa requête, il a désormais 2350 amis.

Comme un con, à l’époque j’acceptais ce genre de requêtes. Tu penses, j’avais 197 amis … Depuis j’ai déchanté : Didier ne m’a encore jamais adressé la parole mais il m’invite à chacune de ses soirées. Je suis plutôt doué aux fléchettes mais de là à participer à chaque tournoi …

L'événement qui m'intéresse est quelque part là-dedans.

Vous avez 154 invitations à un événement.

Vu que Didier n’est pas le seul à demander le monde entier en ami pour rameuter du monde dans son bouge, j’ai désormais une foultitude de bars dans mes relations. Grâce à ça, évidemment, on m’invite chaque semaine à boire des verres un peu partout. Au début j’ai trouvé ça sympa, mais maintenant c’est horrible : j’ai la gueule de bois rien qu’à l’idée de lire la liste des événements auxquels je suis invité. J’hésite toujours entre tout supprimer, et louper au passage l’unique invitation qui m’intéresse, ou laisser les chiffres exploser, d’ici qu’on me donne une récompense quand j’aurai été invité plus de 10 000 fois quelque part. Sait-on jamais.

En attente de réponse : 1854 personnes.

La dernière fois que je suis passé au tripot précité une quinzaine de fois, il y avait une guinguette. Je m’attendais à débarquer dans un endroit bondé mais le bar était aussi vide que mon verre après 5 minutes. Pourtant Didier avait invité ses 2359 amis (oui, le temps de la rédaction de l’article il en invité d’autres) .

J’ai regardé l’événement sur facebook une fois de retour dans mes pénates : 1854 personnes n’ont jamais répondu, 399 ont répondu non, 70 peut-être. 30 ont eu la gentillesse de répondre oui, 10 ont eu la gentillesse de venir.

Il y a du monde au bar Ababor

Cause toujours tu m’intéresses. La revanche.

C’est pas marrant quand on est barman de se prendre un vent énorme après avoir parcouru tout facebook à la recherche de gonzes pour vider les fûts. Mais c’est qu’il s’y est mal pris le bougre : ajouter des « amis » qui n’ont rien demandé pour leur envoyer des invitations à un événement, c’est très comparable à ajouter des adresses mail à un fichier pour leur envoyer de la publicité, c’est tout simplement du spam.

Problème : étant donné que Didier n’est pas le seul pratiquant, il a encore plus de mal à attirer l’attention des internautes et est au final piégé à son propre jeu : à vouloir faire du marketing de masse il finit … noyé dans la masse, tel un vulgaire commentaire sur une page myspace. Vous savez, ces pages qu’on ne lit plus parce qu’on en a tous eu ras le bol …

Sortir de la masse.

Justement, ce qui fait la force de facebook par rapport à myspace, c’est, outre son design, à la fois la séparation entre les personnes physiques et les personnes morales, une sémantique qui porte moins à confusion et une vraie attention portée à ce que le spam soit aussi peu répandu que possible. Ce n’est pas par hasard qu’on ne peut pas envoyer d’invitation à un événement ni inviter des inconnus à aimer son bar quand on est administrateur d’une page fan et vouloir contourner ces saines limitations est une hérésie.

Sur facebook, on peut s’inviter à devenir fan d’une marque ou à un événement oui, mais entre amis. C’est un réseau social, qui suppose des relations sociales ! Par exemple, si vous êtes invité à un concert au Bar Ababor par un pote dont vous appréciez les goûts, vous serez plus enclin à y découvrir un groupe inconnu alors que si vous êtes invité à ce même concert par le bar lui-même, vous n’y prêterez certainement aucune attention.

Vous êtes ici, quelque part.

Pour une petite structure, le véritable challenge c’est de réussir à sortir de la masse. Si Didier organise un concert par exemple, il vaut mieux qu’il créée un événement depuis sa modeste page fan, qu’il invite quelques amis proches depuis son compte perso puis qu’il demande à quelques uns d’entre eux de partager l’événement sur leur mur plutôt que de balancer 2000 invitations à l’aveuglette depuis un compte fantôme.

Un message partagé par 5 vraies personnes qui ont 200 vrais amis a beaucouplus de valeur qu’un message partagé par une fausse personne qui a mille faux amis ( un chewing gum Emile ? ) .

Un peu de pollution en images

Je connais peut-être plein de gens qui n'existent pas.

Remarque : Cet article aurait pu avoir un autre titre mais je me suis dit que c’était trop tendancieux : Sortir de la masse pour faire jaillir la mousse.

* Mon pseudo en est la preuve irréfutable.
  • Rémi

    Euh rien à dire : pas de valeur ajoutée dans mon commentaire, ton article est tout simplement sublime !

    je viens de découvrir ton blog… je vais en faire le tour et te laisserai la prochaine fois un commentaire plus constructif ;-)

    Bref à suivre !

  • Merci beaucoup :)